Théâtre : «Maa, i tè sabali, un appel à la responsabilité collective

Après la présentation du spectacle «Maa, i tè sabali» au Centre international de conférences de Bamako (CICB), c’était le tour du Complexe culturel BlonBa d’accueillir, le week-end dernier dans ses installations, le même spectacle.

Publié mardi 03 juin 2025 à 08:06
Théâtre : «Maa, i tè sabali, un appel à la responsabilité collective

C’est dans une salle archicomble avec des acteurs culturels et autres invités de marque que la nouvelle création du Complexe culturel BlonBa et de la compagnie Nama a été présentée au grand public. «Maa, i tè sabali !» est une coproduction de Alioune Ifra Ndiaye et de Boucary Ombotimbe. C’est  un spectacle vibrant mêlant théâtre, danse, masques géants et marionnettes. Portée par une équipe de près de 100 artistes et techniciens, cette création interpelle l’humain sur sa responsabilité face à la nature et la paix.


 Une méditation contemporaine ancrée dans la tradition malienne. Plus de 30 danseurs et marionnettistes, sous la direction de Boucary Ombotimbe, ont donné vie à ce spectacle, offrant au public une immersion dans la richesse artistique malienne. 
Ce spectacle, qui porte aussi les griffes d’Alioune Ifra Ndiaye, est bien plus qu’une performance artistique : c’est un cri d’alerte. À travers une fresque visuelle et sonore, il questionne la place de l’humain dans un monde qu’il domine sans partage, au détriment de la nature.


«J’ai voulu une pièce qui parle aux enfants, aux amis, à la jeunesse urbaine, avec la musique urbaine et le numérique, mais aussi une réflexion sur la préservation de la planète», a expliqué Alioune Ifra Ndiaye. Et de dire que ce conte moderne, inspiré du sogobo (théâtre ancestral des bozo, bamana et malinké) inscrit au patrimoine immatériel de l’Unesco met en scène un tribunal symbolique où le lion et l’hyène, figures du pouvoir sauvage, jugent l’homme pour ses excès.

 Sur scène, 30 artistes, dont 21 danseurs, donnent vie à cette méditation chorégraphique. Les masques géants et dogons, conçus sous la direction de Yacouba Magassouba, côtoient des marionnettes manipulées avec une expertise avérée. «Il y a trente ans, un tel spectacle était impensable ici», confie Alioune Ifra Ndiaye. La scénographie, rythmée par la musique électronique de Zack Prod et les chants de Diamy Sacko, transportent le public dans une Afrique des profondeurs où la forêt et le fleuve dialoguent avec les esprits ancestraux.  La mise en scène était confiée à Salif Berthé, et la chorégraphie de Bazoumana Kouyaté. L’ancien Premier ministre, Moctar Ouane, dira que c’est une invitation à la prise de conscience face aux défis du monde.

«C’est magnifique avec des marionnettes extraordinaires et un message fort sur notre responsabilité de destructeurs de la nature», a laissé entendre Loubna Benhayoune, une admiratrice des marionnettes. Fanta Niamakolo Dembélé, danseuse, explique sa toute première expérience avec la compagnie Nama. «Cette pièce parle du changement climatique, de ce que les humains font à la nature. C’est un message que nous transmettons, nous-mêmes, en tant qu’humains», a souligne l’artiste. 


Selon les producteurs, c’est un travail d’une année avec plus de 100 personnes en contribution. Pour Alioune Ifra Ndiaye, la culture n’est pas un regard nostalgique sur le patrimoine, mais «une dynamique, une créativité qui prend en charge les enjeux d’aujourd’hui». Ce spectacle, sous-titré en français pour toucher un large public, incarne cette vision. Cependant, il révèle aussi les défis du secteur culturel malien. Maa, i tè sabali ! N’est pas qu’un spectacle : c’est une célébration de la mémoire malienne et un appel à la responsabilité collective. Comme le souligne Moctar Ouane, «il faut que les institutions soutiennent et valorisent de telles initiatives».

Dans un Mali en quête de cohérence et de paix, cette œuvre prouve que l’art peut être un miroir, une alerte et une promesse d’avenir.

Oumar SANKARE

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